Le modèle User Centric : vers une rémunération plus juste pour les interprètes ?

Le modèle User Centric : vers une rémunération plus juste pour les interprètes

Deezer a dernièrement annoncé avoir modifié en profondeur le système de rémunération des artistes de sa plateforme, passant du Market Centric au User Centric. Présenté comme une petite révolution dans le monde du streaming, ce nouveau système permettrait une rémunération plus directe et surtout plus juste des artistes. Qu’en est-il exactement ? Décryptage.

Le streaming, roi incontesté du marché de la musique

Depuis 2018, le chiffre d’affaires généré par le streaming dépasse celui des ventes physiques (chiffres du SNEP). Il est incontestable que le streaming est aujourd’hui le modèle dominant d’écoute de la musique.

Pour la sixième année consécutive de croissance (+ 7,4%), le marché mondial de la musique enregistrée en 2020 a atteint 21,6 milliards de US $. La hausse (18,5%) des abonnements payants (443 millions de comptes dénombrés) démontre la solidité de cette industrie numérique.

Pourtant, le débat concernant le mode de rémunération des artistes revient régulièrement agiter ce secteur, accusé de ne pas répartir assez équitablement les recettes car les artistes du monde entier affirment recevoir de la part des principaux acteurs du marché (Spotify, Deezer, Apple Music, Amazon Prime et surtout YouTube) des versements ridiculement bas. 

Ainsi, selon l’association européenne des sociétés de gestion des droits des artistes-interprètes, 90 % des artistes reçoivent moins de 1 000 euros par an, même si leurs titres sont « streamés » jusqu’à 100 000 fois. L’ADAMI quant à elle confirme qu’un artiste devra être streamé 250 000 fois pour percevoir 100€.

Gagner sa vie grâce au streaming semble être réservé à une poignée d’artistes ayant su se hisser au sommet de la pyramide : pour un abonnement à 9,99€, seuls 0,46€ reviennent aux artistes, le reste étant réparti entre la TVA, le droit d’auteur, et les intermédiaires.

Plateformes de streaming et rémunération des artistes

Le Market Centric Payment System (MCPS) est le modèle de reversement de royalties utilisé depuis l’origine des plateformes. D’apparence simple, ce mode de répartition répartit les revenus générés en fonction de leur part de marché, c’est-à-dire le nombre d’écoutes générées par l’artiste rapporté à l’ensemble des écoutes totales générées sur la plateforme.

Or, ce modèle favorise une poignée d’artistes les plus écoutés, souvent en boucle. De fait, l’abonnement d’un utilisateur peut également servir à rémunérer des artistes qu’il n’écoute jamais. 

Après étude approfondie, une société d’analyse américaine a confirmé que, sur 1,6 million d’artistes dont la musique était en ligne sur les plateformes en 2019, 1 % ont capté 90 % des écoutes globales. De plus, 10 % de ces 1 % d’élite ont concentré plus de 99 % des écoutes à eux seuls !

On comprend pourquoi en France, en septembre dernier et soutenus par l’ADAMI, 15 000 artistes-interprètes, chanteurs, musiciens, ont interpellé la ministre de la Culture au sujet de leur rémunération dans l’univers digital, réclamant que tous les artistes reçoivent un intéressement proportionnel au titre de la diffusion de leurs oeuvres sur ces plateformes. 

User Centric VS. Market Centric : une répartition plus juste et plus directe

Le User Centric Payment System (UCPS) semble pouvoir résoudre le problème crucial du lien entre l‘audience d’un titre et sa rémunération. Cet autre système de rémunération consiste à répartir le montant de chaque abonnement en fonction des écoutes réelles de l’utilisateur.

Par exemple, si un utilisateur n’écoutait, un mois donné, qu’un seul titre, le montant de son abonnement irait uniquement aux ayants-droits concernés par ce seul titre, alors que, dans le système Market Centric, cette écoute ne représenterait qu’une goutte d’eau noyée dans les millions d’écoutes du marché.

Le UCPS est souvent présenté comme plus juste pour les abonnés car il donne plus de cohérence entre la répartition des revenus (issus de leur abonnement) et la réalité : l’utilisateur sait que son abonnement rémunère uniquement les artistes qu’il écoute. 

Il est également décrit comme plus juste pour les artistes, compositeurs et interprètes et évite une concentration de revenus vers les œuvres et les artistes écoutés par les utilisateurs intensifs.

Chez NomadPlay, le modèle User Centric est apparu comme une évidence. Nous avons à cœur de rémunérer nos talentueux artistes le plus justement possible.  

NomadPlay, c’est une application de lecture de partitions haut-de-gamme qui recense le plus grand catalogue d’œuvres de la musique classique et jazz interprétées par des musiciens reconnus et des orchestres renommés. Partitions de clarinette, de guitare, de saxophone, de piano, de violon ou violoncelle, plus de 50 instruments sont représentés sur NomadPlay !

En live ou en studio, la qualité des enregistrements et les fonctionnalités avancées font toute la différence pour les musiciens !

Mode de rémunération : l’étude du Centre National de la Musique (CNM)

Face au poids croissant des services de musique en ligne dans l’économie de la musique, le CNM, en qualité d’observatoire du secteur musical en France, a réalisé une étude conjointement pilotée avec le ministère de la Culture. Objective et indépendante, cette étude, qui évalue l’impact d’un changement éventuel de mode de rémunération par les plateformes de streaming, apporte les conclusions suivantes :

  • Le passage au modèle UCPS permettrait de mettre en cohérence la répartition des revenus et le poids respectif des différentes typologies des consommateurs
  • Une évolution vers le modèle UCPS aboutirait à la revalorisation du back catalogue (+6,6%) et sa part de redevances du back catalogue augmenterait de 7,8%.
  • L’UCPS aurait pour effet d’atténuer fortement en moyenne les redevances touchées par le Top 10 artistes (-17,2%), de stabiliser le milieu du classement et permettrait aux artistes les moins populaires (au-delà du Top 10 000) de profiter d’une augmentation de leurs redevances (+5,2%). Au-delà du Top 100 000 titres, son effet serait non significatif.

Enfin, le passage au modèle UCPS modifierait la valorisation de certains genres musicaux : le rap et le hip hop verraient une réduction d’environ 20 % des redevances perçues, tandis que la musique classique, le blues, le disco, le rock, la pop, le jazz et le métal seraient impactés d’une hausse d’environ 20 %.

UCPS ou MCPS : quel impact ?

Qu’elles suivent l’exemple de Deezer en adoptant l’UCPS, ou qu’elles maintiennent leur modèle de reversement, toutes les plateformes sont positionnées dans un secteur hyper concurrentiel, appliquant le même tarif, pour un service équivalent.

Afin de fidéliser les auditeurs, il est probable que de nouvelles offres de services ou d’écoute à la demande voient bientôt le jour. L’ensemble des acteurs reste attentif à ces évolutions qui devraient permettre l’accès à une plus grande diversité musicale.

Le saviez-vous ?

Le directeur général de Deezer admet que le MCPS favorise en particulier les rappeurs, très plébiscités par les jeunes auditeurs de la plateforme, au détriment des catalogues de niche possédant pourtant une clientèle fidèle « Un jeune de 15 à 25 ans écoute jusqu’à 1.000/1.500 fois des chansons par mois, tandis qu’un profil plus âgé écoute plutôt 400 à 600 streams par mois. Mécaniquement, les artistes les plus écoutés par les plus jeunes sont favorisés car leur part de marché augmente grâce aux écoutes de leurs fans. »

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les articles qui pourraient vous intéresser

Qu'est-ce que la pédagogie instrumentale ?
Alors qu’il y a quelques décennies, la formation instrumentale se résumait principalement à la transmission du savoir d’un professeur vers un élève, elle prend désormais des formes diverses.
Publié le 7 octobre 2022
La pédagogie de groupe dans l'enseignement musical
Différente de la musique d’ensemble, la pédagogie de groupe instrumentale offre des perspectives nouvelles, tant pour l’apprenant que pour l’enseignant. Elle ne remplace pas les cours individuels mais les
Publié le 14 septembre 2022
Vie privée

Nos partenaires et nous-mêmes utilisons des cookies pour personnaliser le contenu du site et réaliser des statistiques de visite. Vous pouvez accepter l’utilisation des cookies ou choisir de paramétrer les cookies. En savoir plus